Dossier

Chamrousse, un nouveau modèle de station de ski ?

 

Sommaire

Introduction

I. Chamrousse, une station à la recherche d’alternatives

  1. L’alternative durable qui s’impose
  2. Un territoire naturel propice à diverses activités touristiques

II. Impact des alternatives entreprises

  1. Une alternative pour le territoire : le flocon vert
  2. Des alternatives diverses pour la population
  3. Une alternative viable concernant la station : le projet Chamrousse 2030

III. Une station de ski peut-elle être alternative ?

  1. Les limites des alternatives
  2. Chamrousse, un modèle utopique ?
  3. Questionnement de l' »alternativité »

Conclusion

 

 

Introduction

Cette année, en 2018, Chamrousse fêtait les 50 ans des JO de Grenoble, qui ont donc eu lieu en 1968. Cette station, qui s’est donc développée aux côtés de Grenoble, semble cependant s’en démarquer aujourd’hui en se revendiquant « station écolo », notamment au travers du label « flocon vert », qui lui a ouvert les portes d’un nouveau réseau.

Il faut rappeler ici que nous sommes dans un contexte où l’ « éco » prime : on parle de manger bio, de développement durable voire d’alter mondialisme. En somme, on observe de nouvelles attentes et exigences de la population. De plus, on assiste également aujourd’hui un renouvellement du législatif avec notamment le code de l’environnement, qui a des conséquences sur les normes concernant la construction, mais aussi des lois spécifiques à la montagne comme la loi Montagne. Au niveau social aussi, un renouveau se fait étendre : il s’agit d’être connecté, mais aussi de refaire lien avec la proximité. Mais l’enjeu le plus important auquel les stations doivent faire face aujourd’hui, c’est la raréfaction de la neige, qui découle du réchauffement climatique. Les préoccupations à l’ordre du jour seraient donc à la fois de diversifier les activités, d’étendre l’offre à toute l’année, tout cela en étant davantage respectueuses de l’environnement. Enfin, la particularité de Chamrousse semble être son utilisation des réseaux, à la fois techniques et sociaux, pour son développement.

                Notre objectif est donc de voir comment Chamrousse compte répondre à ces attentes et de nous demander dans quelle mesure elle incarnerait l’émergence d’un nouveau modèle de station de montagne structuré en réseaux, à la fois techniques et sociaux. Tout d’abord, nous montrerons que Chamrousse est une station à la recherche d’alternatives. Puis nous verrons quels sont les impacts des alternatives entreprises, et enfin, nous questionnerons ces alternatives afin de voir si elles sont effectivement des solutions, et si une station de ski peut être verte.

 

I. Chamrousse est une station à la recherche d’alternatives

1. L’alternative durable qui s’impose

Le réchauffement climatique existe bel et bien. En moyenne les scientifiques évaluent une hausse de 1°C sur la moyenne des températures mondiales et de 2°C dans les Alpes. Alors que chacun ressent moins les effets du réchauffement climatique en montagne, car ce sont des régions froides, il est constaté que le réchauffement y est pourtant beaucoup plus important et modifie radicalement les paysages. En effet d’un point de vue paysager, nous constatons le manque de neige dans les stations, événement de plus en plus fréquent, ainsi qu’une diminution des glaciers. Une fonte annuelle est estimée à plus de 1,5 m d’épaisseur de glace depuis 30 ans. C’est notamment ce que l’on peut voir sur le graphique suivant, qui donne les températures et hauteurs de neige moyennes au col de Porte (Isère, Chartreuse) de 1960 à 2013 :

Réchauffement climatique

Source : MétéoFrance

De ce fait les changements climatiques et des paysages font réagir le public, à l’exception de quelques climato-sceptiques. Des mesures politiques sont alors prises pour enrayer les dégradations environnementales. Nous retrouvons notamment les lois Grenelle I et II qui apportent d’importantes modifications au droit de l’environnement, ainsi que la loi de modernisation, de développement et de protection des territoires de montagnes, adoptée en 2016. L’objectif de cette loi est de permettre le développement d’opérations touristiques tout en assurant une protection des espaces naturels de montagnes en évitant les dérives de l’étalement urbain. La loi prévoit en conséquence que toute création et extension d’unités touristiques nouvelles doivent être préalablement prévues dans le SCOT et le PLU.

Bien que les attentes à l’égard des pouvoirs publics sont importantes pour les différents acteurs du territoire, les entreprises et touristes se mobilisent à la protection et à la gestion de l’environnement. Pendant notre séjour à Chamrousse, nous avons pu observer l’enthousiasme de la population à venir en montagne qui se résume par cette pensée :

« Avec le soleil, l’air, la vue… c’est encore agréable ».

Ces trois facteurs font oublier le manque de neige et distingue la volonté d’une diversification des activités de montagne. Par ailleurs, le travail de terrain a montré que de plus en plus de touristes font le choix d’une station privilégiant les bonnes initiatives en matière de développement durable. Chamrousse a donc adopté l’attitude de minimiser l’impact de ses activités sur l’environnement, et en conséquent a obtenu il y a un an le label flocon vert. Cette labellisation permettant la promotion commerciale de la station entraîne par la même occasion la station dans un réseau de 70 structures partenaires. Experts du tourisme, de l’environnement et de la montagne, ils travaillent à partir de quatre ateliers sur l’amélioration des stations : l’urbanisme, l’agriculture et le tourisme, l’enneigement artificiel et la gestion des déchets.

 

2. Un territoire naturel propice à diverses activités touristiques

La station de Chamrousse est située dans le massif alpin de Belledonne, entre 1650 et 1750 mètres d’altitude. On constate, grâce à notre carte d’occupation des sols que l’étagement de la végétation au sein de la station est particulièrement marqué. Chamrousse est en effet située à la croisée d’une diversité d’espaces naturels, telles les forêts de résineux, les pelouses alpines, et les landes d’altitudes. C’est une particularité chamroussienne que d’être située au sein de différents écotones, de nombreuses stations ne disposant pas d’une telle diversité de paysages.

Carte occupation du sol

Par ailleurs, Chamrousse bénéficie de sa forte proximité avec les deux grandes métropoles régionales que sont Grenoble, qu’on peut voir sur la carte qui suit, et Lyon, de même qu’il s’agit, en termes des distance-temps, de la station alpine la plus proche de Paris.

Carton localisation

D’autre part, les réseaux de mobilité et de transport de la station se caractérisent par de nombreux éléments. Si la plupart des touristes et visiteurs arrivent en voiture, on peut tout de même relever l’existence d’un certain nombre de navettes, qui relient quotidiennement la métropole grenobloise à la station. Il existe également des navettes intra chamroussiennes, qui permettent de relier entre eux les différents blocs de la station. Enfin, on peut remarquer que, malgré la petite taille de la station, celle-ci comporte de nombreuses remontées mécaniques, qui permettent aux touristes ou visiteurs de rejoindre le haut des pistes.

Exemple de navette reliant les différentes stations du Grésivaudan, dont fait partie Chamrousse :

Skibus du Grésivaudan

Source : Actu Montagne

 

Nous venons donc de voir que Chamrousse était effectivement une station à la recherche d’alternatives, celles-ci s’imposant, d’autant plus que le territoire est propice à ces changements. C’est pourquoi il faut maintenant s’intéresser aux impacts de ces alternatives.

 

II. Impact des alternatives entreprises

1. Une alternative pour le territoire : le flocon vert

Le flocon vert est une stratégie d’engagement de la station vis-à-vis du développement durable, avec un cahier des charges : 48 critères de flocon vert dont 30 obligatoires tels que le transport, la gestion des eaux et déchets, la sensibilisation, la réhabilitation du bâti et la gestion neige souillée par exemple.

Son fonctionnement est simple. Une analyse et un diagnostic sont faits en interne sur les aspects durables de la station. Il s’agit par exemple de visiter tous les acteurs de la station pour mettre en commun leurs informations, grâce auxquelles est créé un dossier envoyé à Mountain Riders. Ils réalisent alors une analyse du dossier en donnant un avis intermédiaire avec un système de couleur pour les critères (rouge, orange, vert). La station peut ensuite s’améliorer, puis un audit extérieur à la station et à Mountain Riders vient et valide objectivement les critères. C’est finalement un comité de labellisation qui donne son accord pour le flocon vert, comité qui est composé de nombreuses associations qui soutiennent le label sur le plan technique et habitant (ADEME, Fondation Nicolas Hulot par exemple).

L’engagement pris avec ce label consiste en de nombreuses actions, parfois en lien avec d’autres stations. On peut citer en exemple le recyclage de ski (première station à le faire en Isère) en réponse à une obligation légale, mais qui a permis de faire participer une grande partie des acteurs de la station. Un autre exemple serait celui de « Chamrousse propre » qui consiste en un ramassage de déchets, mais aussi une initiation au VAE (vélo à assistance électrique) en interne qui a permis de faire découvrir d’autres moyens de déplacements et des modes doux et ainsi de donner des idées à d’autres stations par exemple. Par ailleurs, les travaux en interne sont faits avec les associations et les employés qui vivent sur la station, contrairement à l’office du tourisme qui travaille avec l’extérieur, ce qui donne un aspect complémentaire aux différentes actions.

Pour revenir sur l’action « Chamrousse propre » dont nous avons l’affiche ci-dessous, on peut rappeler qu’elle a été initiée en été, lorsque la neige avait fondu et qu’on se rendait compte des déchets accumulés que la neige cachait jusque-là. Dans la journée, un moment de sensibilisation est d’ailleurs organisé pour montrer l’importance de ne pas jeter en montagne, puisque cela peut être néfaste à l’environnement et aux animaux qui y vivent, dont la présence estivale est rappelée par l’affiche. De plus, cette action est également ludique puisqu’un trophée des déchets est organisé, qui consiste à trouver le plus petit, le plus gros, le plus beau déchet par exemple.

Chamrousse propre

Source : Mairie de Chamrousse

Les cendriers de poches sont un autre exemple d’actions menées dans le cadre du flocon vert, et sont un moyen d’éviter de jeter son mégot par terre en-haut des pistes.

Cendriers jetables

Crédit : Emilie Mathis

Par rapport aux impacts de ce label, depuis la labellisation flocon vert, la presse s’intéresse davantage à Chamrousse. Des associations sociales et environnementales veulent faire des actions comme des actions civiques, et le problème rencontré aujourd’hui est le « manque » de déchets. Deux mots principaux dans le développement durable selon Dominique Pernot : la transversalité, c’est-à-dire penser Chamrousse tous ensemble, et la concertation. De plus, le flocon vert n’est pas ici un effet de mode car il y a un véritable intérêt pour l’environnement à Chamrousse, ce qui permet de sensibiliser de plus en plus de personnes. Le plus dur est de changer les habitudes de la population, et il reste toujours des irréductibles. Cependant, voir que des actions sont menées par l’entourage encourage à faire de même, c’est pourquoi toutes les actions faites par Chamrousse entraînent aussi une envie de les multiplier. Il y a donc une création de réseau à travers ce label qui met en lien les différentes stations dans un soucis d’entraide. C’est donc un nouveau modèle de réseaux entre stations qui se crée autour de l’image d’une station dite verte.

 

2. Des alternatives diverses pour la population

Lors de notre séjour à Chamrousse, les quelques opportunités de rencontrer les locaux qui se sont offertes à nous étaient de passer par le biais des commerçants. Il s’agissait souvent de saisonniers ou d’habitants à l’année qui tenaient des commerces. Grâce aux entretiens, nous avons pu relever que quelques commerces restaient ouverts à l’année : pour les restaurants, la variabilité de la saison ne semblait pas poser de problème particulier quant à la fréquentation de la clientèle. En revanche, les magasins de vente et location de ski doivent faire face à ce type de problème, et tentent d’adapter leurs offres de matériel et d’équipement. On peut se demander si cette diversification d’offres, des commerçants, comme de la commune directement, répond aux attentes touristiques. Selon les locaux, il semblerait qu’il n’y ait pas eu de flagrante baisse de la fréquentation en été, et que la station de montagne conserve cet aspect familial et populaire qui lui est propre. En s’intéressant aux autres stations voisines, celle de Chamrousse se présente comme l’une des plus prisées en été et c’est sur cette volonté d’offres variées que souhaite jouer la commune et l’office du tourisme qui promeut le projet de Chamrousse 2030. En effet, certaines activités telles que la construction de la piscine, le skatepark ou encore la vague de surf en intérieur permettraient d’accueillir plus de monde et d’augmenter la visibilité de la commune au sein de la région.

Les compte-rendus de ces entretiens sont disponibles ici.

 

3. Une alternative viable concernant la station : le projet Chamrousse 2030

Enfin nous allons voir en quoi le nouveau projet « Chamrousse 2030 » peut constituer une alternative durable pour la station. En effet, l’objectif est de combler l’essoufflement actuel du modèle des stations de ski de montagne en passant à un modèle de station de ski de quatre saisons. Aussi le projet s’appuie sur trois volets. D’une part il comporte un volet historique car il s’appuie sur des lieux historiques et identifiés dans la mémoire collective pour réussir à obtenir une appropriation sociale des populations. De plus, il se veut éco-responsable en voulant réduire la pollution et en sensibilisant les futures populations locataires quant aux pratiques environnementales les plus adéquates, et pour finir il comporte un volet technologique en s’associant aux technologies actuelles dans un but de développement de la performance énergétique, écologique, technologique mais aussi sociale en se présentant  comme un nouvel espace de sociabilité. A une échelle régionale il s’insère aussi au sein de la future ligne TGV qui reliera en moins d’une heure Lyon et Grenoble, ce qui place Chamrousse comme une destination à clientèle de loisirs mais aussi une clientèle d’affaires, de bien-être et de proximité. Le projet « Chamrousse 2030 » promeut aussi une approche contemporaine dans laquelle la mixité de l’habitat collectif et social se situe au cœur de celui-ci, mais aussi par la construction « d’une halle de la montagne » qui vendrait les productions issues des circuits cours de la région. De plus, le projet se structure autour de la restructuration du centre-village et de la création d’un réseau social.

Le palier 1650 serait ainsi transformé de cette façon, selon la maquette du projet :

Accueil4

Source : mairie de Chamrousse

On y voit bien la volonté de monter la station en gamme, mais également la volonté d’en faire une station de bien-être, comme le montre la présence de la piscine par exemple.

 

Les alternatives présentées ont donc des impacts, à la fois positifs et négatifs. Pourtant ces alternatives, entre autre le projet Chamrousse 2030, sont-elles vraiment des solutions ? Une station de ski peut-elle être alternative ?

 

III. Une station de ski peut-elle être alternative ?

1. Les limites des alternatives

Plusieurs limites aux alternatives sont apparues dans la mise en réseau de la station, et principalement des divergences entre citoyens et pouvoirs publics. En effet, les contestations des politiques à l’échelle de la station sont nombreuses, par exemple la définition d’alternatives pour Chamrousse. Enjeux économiques et environnementaux entrent en collusion et nous constatons de nouveaux moyens de revendications telle que la ZAD située sur le plateau des Vans. L’organisation est une mise en réseau d’un certain nombres d’acteurs de la société civile opposés au développement des sports d’hiver sur la partie Sud de la commune. Une citation de Fredi Meignan, gardien de refuge dans les Ecrins et président de l’association Mountain Wilderness, illustre bien le réseau qui a été mis en place :

    « Je suis surpris par la diversité des personnes qui manifestent. Il y a des gardiens, des guides, des pratiquants autonomes, des défenseurs de la faune et de la flore et même des moniteurs de ski de la station qui veulent préserver ce paysage. D’habitude, on travaille et on milite chacun dans nos coins, mais désormais on va pouvoir se rassembler pour peser davantage »

Ce réseau a donc rassemblé de nombreux acteurs différents qui n’avaient pas l’habitude de fonctionner ensemble. Par ailleurs, l’association DEC a longtemps joué un rôle prépondérant dans le contrepouvoir face aux pouvoirs publics. Cependant, d’après les membres de l’association, les décideurs n’écoutent que peu les revendications, liés à l’emprise du facteur économique. Mme Ferreri, adjointe au conseil municipal en charge des questions environnementales, nous rappelle pourtant le désir de développer des sports « divers ». Nous y voyons une inadéquation entre discours politique et action environnementale. La population émet des critiques sur la gestion des milieux naturels, comme nous l’avons constaté lors des entretiens. Un exemple est celui du réseau de transports publics de la commune critiqué pour l’utilisation de navette « carbonées ». Mais, dans le même temps la pratique du hors-pistes entre en confrontation direct avec la politique de reforestation des pistes. Enfin, l’efficience des mises en réseau du recyclage du matériel de ski des loueurs ne correspond pas toujours aux besoins des professionnels du secteur. Voici les limites de concertation entre les acteurs.

 

2. Chamrousse un modèle utopique ?

A travers les initiatives que sont le projet Chamrousse 2030 et sa mise en parallèle avec le flocon vert, la station cherche à valoriser son image sur le plan du développement durable et d’approfondir son réseau. Mais à travers les entretiens que nous avons effectués, les avis sont divergents. Les différents acteurs politiques de la station prônent en effet que ces initiatives vont dans un véritable intérêt pour l’environnement. Mais les acteurs extérieurs à la station ne sont pas de cet avis : pour eux, c’est simplement une question de marketing et d’image. En ce qui concerne les touristes que nous avons interviewés, la majorité trouve qu’il s’agit d’une bonne initiative, mais il faut rajouter à cela que beaucoup ne connaissaient même pas l’existence, ni le rôle du label flocon vert sur la station. D’autres stations de moyenne montagnes et de type familiale comme Chamrousse lancent des initiatives en faveur de l’environnement. C’est le cas de la station d’Orcières Merlettes en Hautes-Alpes, qui a procédé à l’enfouissement sous terre des lignes de haute tension pour protéger les oiseaux du site, mais aussi de la station du domaine d’Avoriaz qui a décidé d’appliquer une politique générale de gestion durable sur son site devenu entièrement piétonnier avec notamment la construction d’un quartier durable et l’installation d’un SnowPark écologique. Mais on va voir que le projet Chamrousse 2030 devient une source de conflit entre le réseau local et global de la station. D’une part, les commerçants qui ont répondu à nos questions trouvent que ce type de projet est beaucoup trop utopique et qu’il ne pourra pas se réaliser. De plus, ils sont déçus par le fait qu’il aurait pu être divisé dans les trois coins de la station et non seulement sur un seul espace. En effet, au vu de l’investissement, beaucoup auraient souhaité que ce projet soit délocalisé sur toute la station, afin que tout le monde en profite. Pour les habitants, les avis sont de même facture : trop utopique, ne prend pas en compte les avis de la population mais surtout ce projet va détruire l’étiquette de station familiale au profit d’une station usine et économique. Le réseau local qui est la population et les commerçants, dénoncent la création d’un « Courchevel » au sein de la station.

 

3. Questionnement de l’ « alternativité »

Le dictionnaire Robert définit l’alternative comme suit : « Qui s’oppose au courant principal d’un style ». Pour s’intéresser à ce qui est « alternatif » il faut donc d’abord savoir à quel courant principal nous avons à faire. La question principale est : quelle est la stratégie générale de développement des stations de ski ? Et en quoi celle de Chamrousse est-elle alternative ? D’après Hugues François, la question est « principalement la perspective du changement climatique et le renouvellement des équipements dans un contexte de marché mature qui interroge la relance de la fréquentation ». Si nous prenons cette question comme le principe général et le courant stratégique majoritaire, nous pourrions nous demander en quoi le projet de Chamrousse  va dans le sens contraire de ces logiques. Si nous nous référons aux différents documents descriptifs du projet, il est clair que Chamrousse est dans la même dynamique.

Alors si Chamrousse est partisane d’un modèle qui se généralise, en quoi ce modèle serait-il l’alternatif ? D’après ce que nous avons vu, il s’agit surtout de faire évoluer la station d’une fréquentation saisonnière (hiver/été) à une fréquentation à longueur d’année. Le vocable change : on ne parle plus de station de ski, mais de « station de montagne ». Comme nous l’a montré M. Khavessian, l’intérêt du projet est de se servir de la totalité des aménités liées à l’espace montagneux ainsi qu’aux affordances de celles-ci. L’air pur, le calme, les champs, les vaches, etc. l’objectif du « renouvellement » de la station est de proposer à tout type de clientèle des activités liées à la montagne.

On peut alors se demander en quoi ce modèle serait alternatif. Néanmoins nous en avons une petite idée : à l’échelle de Chamrousse le projet est clairement alternatif. En effet, la clientèle va changer, l’affluence également, les aménagements, les types de structure, tout ce qui faisait de Chamrousse une station « familiale » en termes d’aménagement va disparaître au profit d’un modèle beaucoup plus tourné vers le tourisme massif. En quoi Chamrousse pourrait-elle alors incarner un modèle alternatif de station de ski ? Chamrousse a sur son territoire des forces vives et des acteurs sensibles aux enjeux environnementaux. Il apparaît que ces acteurs ont été écartés de la réflexion sur la prise en compte des enjeux de la montagne, de la protection de la faune et de la flore montagnarde riche sur le territoire. Le réseau d’acteur existant a été qualifié d’hermétique à toutes discussions avec les associations et s’opposant parfois très vivement à leur existence sur Chamrousse. Il apparaît même que cette ressource humaine ait été qualifiée comme une menace au projet plutôt que comme une force.

Enfin, sur la question de l’écologie, les nécessités qu’il existe de maintenir des pistes viables, celles d’acheminer la clientèle dans les différents types de la station, les besoins de l’hôtellerie ou ceux de la restauration en termes d’énergie, de ressources, etc. fait qu’une station ne peut pas être, aujourd’hui, 100% écolo. Les innovations techniques et territoriales ne le permettent pas encore. Mais la prise en compte d’acteurs déjà présents sur le territoire n’ayant non pas pour idée « de ne rien changer », mais bien au contraire, de chercher des alternatives à ce que font les autres stations paraît être le meilleur moyen pour Chamrousse d’incarner un nouveau modèle. On voit donc dans le cas de Chamrousse que le réseau social qui préfigure le réseau technique de la station exclut de son schéma d’acteur tout une partie des revendications existantes sur le territoire. Le paradoxe du flocon vert est d’ailleurs le suivant : l’organisme gestionnaire de ce label « vert » a décerné son sésame à une station ayant en partie évincé les associations dites « environnementales » des différentes instances de concertation autour d’un projet structurant qu’est celui de Chamrousse 2030. Le réseau technique ne serait donc pas la solution et il faudrait peut-être à nouveau penser le réseau social localement.

 

Conclusion

Pour conclure sur le projet Chamrousse 2030, comme nous le savons les réseaux sociaux précèdent les réseaux techniques, et changer les réseaux techniques s’ils ne sont pas portés par des réseaux sociaux est vain, c’est pourquoi nous pouvons émettre quelques réticences envers ce projet, qui ne sera pas nécessairement porteur de développement au vu des réseaux sociaux actuels.

Par ailleurs, M. Khavessian, développeur économique du projet Chamrousse 2030, que nous avons pu rencontrer à la maison du tourisme nous a également demandé de vous poser une question concernant l’avenir des stations de skis, nous lui rendrons ensuite compte des réponses données. Donc quelles sont/seraient vos attentes en matière de stations de skis (garder des stations pour le ski ? Station de montagne avec d’autres activités ? Quelles activités ? Que voulez-vous trouver quand vous partez dans une station ?) C’est également un moyen de garder contact avec les intervenants rencontrés et de pouvoir leur faire un retour sur notre travail et ce qu’ils nous ont apporté.

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