Comptes-rendus

SOMMAIRE

  • Rencontre avec Jean-Charles Fimat, formateur marketing à l’INSEC
  • Rencontre avec Pierre Vanet, élu municipal chargé de l’environnement et de l’urbanisme, et Yann Troton, employé à la mairie travaillant sur le dossier urbanisme/environnement
  • Rencontre avec Dominique Pernot, chargée de projets environnementaux à Chamrousse
  • Rencontre avec Bernadette Chastagnole, directrice de la bibliothèque municipale de Chamrousse
  • Rencontre avec les touristes
  • Rencontre avec les commerçants
  • Rencontre avec Serge Khavessian, développeur et responsable du projet Chamrousse 2030
  • Rencontre avec Patrice Goy, directeur de la crêperie « Le Sorbier »
  • Rencontre avec la gérante de l’Espace Gliss
  • Rencontre avec M. Janot, accompagnateur et guide en haute-montagne
  • Rencontre avec Arnaud Herman, mucher de Chamrousse
  • Rencontre avec Mario Auletto, chef d’exploitation de la station, Kelly, qui travaille à l’office du tourisme, et sa grand-mère
  • Rencontre avec Jean-Luc Jaouen, chef des pistes
  • Rencontre avec Ariane Ferreri, conseillère environnement, urbanisme et vie locale à l’office de tourisme de Chamrousse 1650

 

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SAMEDI 3 FEVRIER

 

  • Rencontre avec Jean-Charles Fimat

Jean-Charles Fimat est l’ancien responsable événementiel de l’Office de tourisme de Chamrousse, aujourd’hui formateur marketing à l’INSEC de Grenoble et formateur de snowboard à ses heures perdues. Il s’agit d’une rencontre impromptue que nous avons eu la chance d’avoir à l’accueil du centre d’hébergement. Il s’est de plus avéré de plus être un informateur privilégié, puisqu’il a nous a donné le contact de plusieurs personnes de sa connaissance qui pouvaient être intéressées par notre travail. Il nous a par ailleurs renseigné sur différents points.

Selon lui, le projet Chamrousse 2030 est un projet trop gigantesque, et il aurait mieux fallu se concentrer sur ce qu’il y avait déjà. En effet, dans ce projet, le développement à long terme peut être un problème, puisque la neige va commencer à manquer à un moment donné. Il aurait donc fallu selon lui davantage axer le projet sur ce problème. De plus, il nous apprend qu’aucune étude de marché n’a été réalisée. On ne sait donc pas à qui profite ce projet, comment il sera réalisé, pour quel pouvoir d’achat. Par ailleurs, le projet a aussi pour vocation d’étendre la piste du domaine des Vans. Pourtant, ce projet revient aujourd’hui sur le devant de la scène alors qu’il est vieux de plus de 25 ans. C’est la même chose pour le téléphérique reliant Grenoble et Chamrousse, et il y a encore régulièrement des manifestations contre.

En outre, il nous en a appris un peu plus sur les actions écologiques menées par différents acteurs. Tout d’abord, il rappelle que la proximité avec Grenoble permet que des associations viennent défendre la nature à Chamrousse. Il y a donc une démarche écologique qui vient des associations, mais aussi des habitants. En effet, ils sont à l’origine de certaines actions mises en place par la commune, telles que le remplacement du sel pour les routes par un agglomérat de détriments de végétaux, autant efficace, mais aussi l’utilisation d’engrais végétaux, ou encore le fait de laisser un arbre coupé pourrir sur place pour renforcer les sols. Mais en même temps, M. Fimat nous apprend qu’une partie des eaux usées est rejetée dans la zone Natura 2000 par la commune. Autre fait : il y a du fluor sur les skis, or certaines pistes, comme celles du plateau de l’Arselle, se trouvent aussi sur des zones Natura 2000, mais ces zones sont donc polluées. M. Fimat rappelle alors que la station est d’abord un centre financier, mais surtout que le problème majeur sur la station est la non-sensibilisation des touristes, qui jettent sans problème leur mégot par terre par exemple.

Pour finir, même si à son avis les labels sont d’abord objets de marketing, il admet qu’ils protègent tout de même, comme c’est le cas à Chamrousse.

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LUNDI 5 FEVRIER

 

  • Rencontre avec Pierre Vanet et Yann Trauton

Rendez-vous à la mairie de Chamrousse avec M. Pierre Vanet, élu municipal chargé de l’environnement et de l’urbanisme, et M. Yann Trauton, employé à la mairie travaillant sur le dossier urbanisme/environnement. Trois d’entre nous s’y sommes rendus.

Les premiers échanges portent sur la ligne directrice de la station, avec l’envie de la part de la mairie d’aller vers le développement durable, mais le souhait également de redonner de son éclat à la station.

Nous abordons ensuite le projet Chamrousse 2030 qui symbolise la volonté de recréer un espace en lien avec nature, sans s’étendre davantage. Ils nous ont précisé que Chamrousse 2030 s’appliquait à l’espace du Recoin (Chamrousse 1650), ce qui nous as permis de mieux cerner les différences en matière d’aménagement de chaque palier de la station. Un concours d’architecture a été lancé par la mairie, et c’est l’agence Aktis qui l’a remporté. Il y deux composantes dans ce projet : un aspect réaménagement des friches industrielles avec une typologie d’activités pour se diversifier par les activités et les hébergements, et un aspect environnemental. A terme, l’idée serait d’interdire les véhicules au cœur de la station. La gestion des flux d’énergie est également prise en compte avec un Smartgrid (création d’une station biomasse). La mairie est également favorable au téléphérique reliant la station à Grenoble, projet ancien et discuté depuis trente ans. Cela permettrait de limiter les flux automobiles et d’attirer à la fois une nouvelle population et des investissements. Chamrousse 2030 a pour but également d’être réutilisable, puisque le projet a remporté le prix « Démonstrateur industriel pour la ville durable » en 2016.

Nous avons ensuite pu évoquer les problèmes particuliers de la station par rapport à son site contraint, par les pentes, les impératifs de l’aménagement qui limitent la construction ainsi que les zones Natura 2000, qui découlent de directives européennes.  Concernant les différents paliers historiques de la commune (1650, 1700 et 1750), Chamrousse ne forme aujourd’hui plus qu’une unité, même si l’appellation demeure, des liaisons sont faites par navettes et le chemin piéton d’environ trois kilomètres.

La gestion de l’eau est également une question qui se pose dans une station où pour le domaine skiable sont utilisés des canons à neige. En effet, 40% des pistes en sont équipées, mais le souhait est qu’à terme 60% des pistes en soient recouvertes. Deux retenues colinéaires sont déjà existantes, et une autre va être construite en 2019. Pour les eaux usées, le réseau de Chamrousse est relié à Grenoble par un conduit qui descend jusqu’au bas de la vallée. En termes de compétences, Chamrousse se trouvant éloignée du reste de la communauté de commune du Grésivaudan, un camion poubelle lui a été attribué avec un employé qui ramasse les ordures tous les jours. Le PLU est d’ailleurs en révision depuis 2015 afin d’y intégrer les lois sur le Grenelle de l’environnement. Sur les actions concrètes de la commune pour le développement durable, la station dispose de zones Natura 2000, et une protection surtout des espaces. De plus, certains bâtiments sont équipés de panneaux photovoltaïques. Un travail est fait également avec l’éclairage des pistes notamment pour le ski nocturne, et 14 poubelles en bois vont bientôt être posées à l’arrivée des télésièges.

 

 

  • Rencontre avec Dominique Pernot

Dominique Pernot est chargée de projets environnementaux à Chamrousse. Lors de notre rencontre, elle nous a expliqué la stratégie d’engagement de la station vis-à-vis du développement durable, reposant sur un cahier des charges : 48 critères de flocon vert dont 30 obligatoires, dont le transport, gestion des eaux et déchets, sensibilisation, réhabilitation du bâti, gestion de la neige souillée.

Elle nous a ensuite expliqué les procédures de la labellisation flocon vert. Il y a d’abord une analyse et un diagnostic faits en interne sur les aspects durables de la station. Pour cela, il faut passer voir tous les acteurs de la station pour mettre en commun les informations. Ensuite, il s’agit de monter un dossier envoyé à Mountain Riders. Cette institution fait une analyse du dossier en donnant un avis intermédiaire avec un système de couleur reprenant les différents critères (rouge, orange, vert). La station peut alors s’améliorer, et laisse la place ensuite à un audit extérieur à la fois à la station et à Moutain Riders, qui valide, ou non, objectivement les critères. C’est un comité final de labellisation qui donne son accord pour le flocon vert, et ce comité est composé de nombreuses associations qui le soutiennent sur le plan technique et habitant (ADEME, Fondation Nicolas Hulot, etc.)

L’aspect original de la station est d’avoir des employés en interne qui s’occupent du développement durable de la station, mais aussi d’avoir ouvert au public les réunions pour améliorer les points négatifs de la station en vue de progresser pour obtenir le flocon vert. Cependant, les thèmes abordés lors de ces réunions jouent beaucoup sur l’attractivité de celles-ci, qui varie donc, ce qui permet néanmoins de diversifier les intéressés selon les sujets. Enfin, pour remplir tous les critères, il faut compter environ un an, certains critères ne pouvant pas être améliorés, n’étant pas de la compétence de la commune par exemple.

Après donc avoir obtenu le flocon vert, les référents à l’Office du tourisme, aux régies des remontées mécaniques et à la mairie se sont engagés à répondre à l’engagement du label. De nombreuses actions ont donc été mises en place comme le recyclage de ski (1ère station à le faire en Isère) en réponse à une obligation légale mais qui a permis de faire participer une grande partie des acteurs de la station. On peut aussi citer l’action « Chamrousse propre », qui consiste en un ramassage de déchets, mais aussi une initiation au VAE (vélo à assistance électrique) en interne, ce qui a permis de faire découvrir d’autres moyens de déplacements, à savoir les modes doux, et de donner des idées à d’autres stations par exemple.

Par ailleurs, les travaux en interne sont faits avec les associations et les employés qui vivent sur la station, contrairement à l’office du tourisme qui travaille avec l’extérieur, ce qui donne un aspect complémentaire aux différentes actions. En interne par exemple, il y a beaucoup d’animations, peu onéreuses voire gratuites, comme la collecte solidaire (80 cartons avec des habits chauds pour le SAMU social), ou la hotte du Père Noël, qui a permis de récolter de nombreux cadeaux. Ces actions donnent une prise de conscience, avec le tri et le recyclage, du lien avec les autres stations, qui ne sont plus concurrentes mais créent un réseau autour du développement durable.

Enfin, depuis la labellisation flocon vert, la presse s’intéresse davantage à Chamrousse. Des associations sociales et environnementales veulent alors y lancer des actions, par exemple civiques, si bien que le problème aujourd’hui rencontré est le « manque » de déchets…

Pour finir, il y a deux mots importants dans le développement durable selon elle : la transversalité, c’est-à-dire penser Chamrousse tous ensemble, et la concertation. Dominique Pernot pense en effet que dans le cas de Chamrousse il ne s’agit pas d’un effet de mode mais qu’il y a un véritable intérêt pour l’environnement, ce qui permet de sensibiliser de plus en plus de personnes. Le plus dur reste de changer les habitudes de la population, et il reste toujours des irréductibles. Cependant, voir que des actions sont menées par l’entourage encourage à faire de même. Toutes les actions faites par Chamrousse entraînent aussi une envie de les multiplier.

 

 

  • Rencontre avec Bernadette Chastagnole

Nous avons rencontré durant l’après-midi du 5 février 2018 Mme Bernadette Chastagnol, directrice de la bibliothèque municipale de Chamrousse, responsable du service culturel de la commune, ainsi qu’attachée à la conservation du patrimoine. Celle-ci travaille à Chamrousse depuis la création de la bibliothèque, en 1993, mais réside dans la commune voisine de Vaulnaveys-le-Haut. Notre entretien s’est déroulé au sein de la bibliothèque.

Trois éléments principaux sont ressortis à l’issue de notre entretien. D’une part, il s’avère être que d’après Mme Chastagnol, la culture est insuffisamment mise en valeur au sein de la commune de Chamrousse. Ainsi, de nombreuses œuvres d’art de l’artiste Pierre Szcekely ont été détruites. Par-delà, le budget communal alloué à la culture semble très insuffisant. Pourtant, la station de Chamrousse possède une histoire particulièrement riche. Pour preuve, c’est à Chamrousse qu’est née la pratique du ski en France.

En second lieu, cet élément contraste avec la volonté personnelle et la réelle initiative de la part de Mme Chastagnol à redonner une dynamique culturelle à la commune de Chamrousse. Celle-ci est d’ailleurs l’auteur d’un livre retraçant l’histoire de la station de Chamrousse

Enfin, nous avons eu de réelles difficultés à aborder certains sujets. En effet, étant sous le devoir de réserve, Mme Chastagnol n’a pas souhaité répondre à nos questions portant sur le projet « Chamrousse 2030 », et sur sa propre vision de l’avenir de la station. Ceci suggère d’ores et déjà le fait que la bibliothécaire n’a pas une vision positive du projet de la mairie.

Cette difficulté a cependant été surmonté car celle-ci nous a permis de nous questionner et de redonner plus d’importance aux questions culturelles, et de la culture en tant que potentielle alternative à la pratique des sports d’hiver.

 

 

  • Rencontre avec les touristes

La journée du lundi, nous sommes allés à la rencontre des touristes sur les différents paliers de la station de Chamrousse. Les entretiens ont été réalisés à Chamrousse 1650 (lieu de convergence des départs de pistes) et dans la galerie marchande de Chamrousse 1700 (lieu touristique). Globalement, nous pouvons ressortir quelques grandes idées : Chamrousse est vue comme une station familiale, au coût réduit, avec un respect de l’environnement assimilé au cadre paysagé des pistes du domaine alpin et nordique. Intéressés par les réponses sur le sujet environnemental, nous avons tenté de connaitre les améliorations possibles pour la station en termes d’aménagement : activités après-ski (piscine), mobilier urbain pour profiter du cadre, enfin plus de parking. En somme, des aménagements ne nécessitant pas un bouleversement des pratiques, comme l’utilisation de l’automobile, et de l’offre, ce qui pose la question du réel attachement à l’environnement. Néanmoins, la station parvient à fidéliser une clientèle, plusieurs interrogés fréquentant la station depuis plusieurs années déjà.

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MARDI 6 FEVRIER

 

  • Rencontre avec les commerçants

Lors de notre semaine passée à Chamrousse, nous avons procédé à la passation de questionnaires pour les commerçants de la commune. Bien conscients du caractère morcelé de la commune, nous avons délibérément choisi de rencontrer à la fois des commerçants à 1750 m et également ceux installés à 1650 m. Les commerces recensés ont rapidement permis d’établir une typologie non exhaustive : les restaurants/bars, les épiceries, les tabacs, et bien évidemment, les magasins de location/vente de ski. Globalement, la très grande majorité des commerçants vivent à Chamrousse et se déplacent donc à pied. Il allait de soi qu’au sujet de l’activité économique en été, les locations/ventes de ski sont toutes fermées en été, et qu’ils soient propriétaires comme locataires, la plupart des commerçants ont une autre activité l’été, à Grenoble. D’après les autres commerçants présents en été, aucune hausse de la fréquentation n’a pu être constaté en été. Concernant les raisons de leur installation dans la commune, certains sont originaires de la commune, pour d’autres, ils sont venus comme saisonniers, et pour d’autres encore, leur installation est due au lien affectif.

Par cette enquête, nous avons constaté qu’absolument aucun commerçant n’avait entendu parlé du label « Flocon vert » et qu’il n’y avait donc pas la moindre répercussion sur leur commerce. Quant aux autres questions liées à l’environnement, beaucoup ressentent une régression du civisme au sein de la commune. Ils évoquent notamment les déchets et poubelles laissés n’importe où, peu de recyclage, et beaucoup de déchets et mégots sur les pistes, que les touristes ne voient pas en hiver, mais qui resurgissent après la fonte des neiges. Le tri sélectif semble être prisé de tous, et les magasins de location/vente de ski nous ont fait part de leur volonté de recycler les skis et autre matériel de sport.

Au sujet du projet Chamrousse 2030, les avis divergent. Certains y voient l’opportunité de faire connaître et agrandir la station, et donc d’attirer plus de monde. Ils évoquent notamment que ce projet d’aménagement pourrait créer de l’emploi et de redynamiser la commune. Mais aucun n’est complètement favorable au projet, seulement à quelques aménagements. Les commerçants originaires de Chamrousse font souvent référence à la création d’une piscine municipale, dont la dernière avait fermé ses portes peu de temps après les JO de 1968. Pour ceux opposer au projet, il y a souvent un rejet du moindre projet d’aménagement, et un souhait de préserver l’esprit d’une commune perçue comme « familiale et populaire ». 

 

 

  • Rencontre avec Serge Khavessian

Mardi 6 février, en fin d’après-midi, un rendez-vous était pris avec le développeur et responsable du projet Chamrousse 2030, M. Khavessian, à l’Office du Tourisme. La présentation du projet a commencé par une approche globale des enjeux environnementaux, économiques et sociaux. Au cours de son introduction, M. Khavessian a fortement insisté sur la nécessité de consulter la population locale pour la conception d’un projet. L’une de ses idées principales était celle de l’appropriation d’un lieu par les touristes et habitants pour être, de fait, accepté. Pour savoir comment est envisagé un projet d’une telle envergure, il insiste sur trois points : l’histoire du lieu, les éléments structurants de l’histoire de ce lieu, et l’écoute du monde environnant. L’approche sociale et la notion de solidarité entre les hommes a beaucoup été soulignée lors de cette présentation, notamment lorsqu’il parle de créer du lien en se référant à l’urbanisme sur dalle. L’histoire de Chamrousse est évoquée, en commençant par l’évocation du château Bayard à l’aval des montagnes, un lieu emblématique de la chasse. La démarche de développement de la station commence véritablement sous Charles De Gaulle, qui souhaite intégrer du contemporain à la montagne. Et par le contemporain, la question de la mixité sociale est en jeu : M. Khavessian parle alors de la place essentielle des saisonniers, et du lieu dans lequel les accueillir et les loger. En plus de répondre à ces attentes, la station, comme les quelques 280 autres en France, doit faire face au changement climatique, à une saison hivernale de plus en plus courte engendrant de moins en moins de nuitées. Pour maintenir en vie les stations, il faut s’intéresser au modèle économique et donc changer de paradigme.

Suite à l’interrogation d’un de nos camarades, questionnant l’intérêt de rajouter des commerces dans la station, via le projet Chamrousse 2030, Mr Khavessian a avancé plusieurs arguments en faveur de l’augmentation du nombre de commerces. D’une part, l’augmentation du nombre de commerces permet de diversifier l’offre, la clientèle, et donc finalement augmenter le nombre de touristes et de visiteurs. Cette diversification peut également être un argument intéressant pour développer la mixité sociale, mais également la mixité d’âge. Les jeunes sont en effet bien souvent oubliés dans les opérations de développement des stations de montagne.

Ensuite, face aux critiques affirmant que l’apparition de nouveaux commerces va tuer les commerces déjà existants, on peut dire que l’apport de nouveaux commerces va littéralement décupler le nombre de visiteurs et de touristes.

L’apparition de nouveaux commerces répond également à une forte demande de diversification de la part de la clientèle moderne. Ainsi, on assiste à une demande de plus en plus forte de services liés au bien-être. Cette demande de nouveaux services et commerces est une façon de répondre à l’enjeu et à la demande de diversification des activités dans les stations de montagne. Finalement, l’apport de nouveaux commerces, grâce au projet Chamrousse 2030 permettrait à la station d’étendre sa zone d’attractivité, et donc finalement de se développer.

Un camarade s’est autrement interrogé sur le risque de destruction, de manière irrémédiable, du côté très familial de la station, avec la concrétisation du projet Chamrousse 2030. Face à cette question, M. Khavessian a fait l’état des lieux d’une station en difficulté, en la qualifiant de « Belle endormie ». Selon lui, la station s’est reposée sur ses lauriers après les JO d’Hiver de 1968. De même, le modèle de la station basée sur le côté familial n’est donc plus viable. Par ailleurs, le développement de Chamrousse se doit d’être proportionnel à la croissance démographique très forte que connaît notre pays, et, d’un point de vue plus général, le monde.

Par ailleurs, le côté assez inaccessible de la station n’est pas vrai d’un point de vue physique. Chamrousse doit donc profiter de son hyper accessibilité avec Grenoble. Enfin, la montagne est un milieu fragile, et celle-ci a paradoxalement besoin de l’homme pour être protégée.

Khavessian a enfin tenu un long discours sur la place de l’écologie dans le projet Chamrousse 2030. D’abord, la création d’un téléphérique reliant Grenoble à Chamrousse est une réelle opportunité pour limiter l’impact de l’homme sur son environnement. Ce téléphérique pourrait ainsi encourager les touristes à abandonner la voiture, au profit du mode de transport plus doux qu’est le téléphérique. Le téléphérique peut également être un moyen de transporter les différents matériaux de construction pour la réalisation du projet.

Ensuite, le projet Chamrousse 2030 prohibe totalement la voiture dans le centre-ville, afin non seulement de limiter la pollution, mais également de ne pas crucifier les deux univers que sont la montagne et la ville. Le projet prévoit également la construction d’une centrale photovoltaïque et d’une centrale biomasse. La multifonctionnalité des bâtiments est également de mise, afin de limiter au maximum l’espace utilisé. Enfin, l’idée est avancée de lier les centres commerciaux nouvellement créés par le projet et les 64 fermes présentes dans les alentours de la station de Chamrousse, afin de favoriser les circuits courts, pour limiter la pollution due au transport.

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JEUDI 8 FEVRIER

 

  • Rencontre avec Patrice Goy

La crêperie « Le sorbier » se trouve dans la galerie marchande de Chamrousse 1750. Nous nous sommes présentés au patron de la crêperie, Patrice Goy, et lui avons demandé de nous parler de sa vision sur le projet Chamrousse 2030. Patrice Goy est âgé de 66 ans, et a passé 65 ans de sa vie à Chamrousse. D’après lui, après les Jeux Olympiques de 1968, la station s’est endormie sur ses acquis. En effet, dans les années 1970 les stations de ski ont diversifié les activités de leur territoire alors que Chamrousse s’est reposée sur ses acquis sans vraiment s’activer dans l’innovation territoriale de son espace. Cet assoupissement était dû à une gouvernance compliquée, car jusqu’à la création de la commune de Chamrousse, le territoire était géré par plusieurs niveaux.

Selon P. Goy, Chamrousse 1650 était le palier le plus urgent à repenser, car il vieillissait. En effet, les logements ne répondaient plus aux standards actuels, et la monoactivité de la station ne répondait plus aux attentes des touristes. La station s’est donc retrouvée en situation de handicap par rapport à des stations au développement rapide.

Le patron de la crêperie se dit alors très favorable au projet, d’abord parce que le but est de redynamiser la station, puis parce que les retombées économiques du projet seraient intéressantes pour les propriétaires fonciers de la station. Selon lui, ce projet pourrait amener une nouvelle clientèle d’autant plus que c’est la station la plus proche de Paris et Londres.

 

 

  • Rencontre avec la gérante de l’Espace Gliss

Dans la matinée du jeudi 8 février, deux d’entre nous sommes allés à la rencontre de « l’Espace Gliss » qui se situe à Chamrousse 1750. Cet espace propose des randonnées en motoneige ou quads, mais aussi des stages de conduites. A notre arrivée, nous avons été accueillis par la gérante du magasin. Cette activité fonctionne depuis déjà 11 ans, et la raison de leur installation à Chamrousse est dû à une histoire de famille. En effet, le père de la gérante tenait le magasin avant, et elle a donc ensuite repris l’affaire. Les différents terrains où sont pratiqués ces activités sont loués à la commune de Chamrousse. De plus, cette activité est très dépendante des conditions météorologiques, les deux dernières années ayant été compliquées en termes d’affluence, mais cette année, au vu des bonnes tombées de neige, « Espace Gliss » a pu marcher à temps-plein et a attiré beaucoup de monde. La gérante souligne d’ailleurs que son activité permet une diversification des activités au sein de la station Chamrousse : « On permet la proposition d’activités hors-ski, il ne faut pas oublier que beaucoup de personnes viennent en station pour ne pas forcément skier ».

Concernant la pratique estivale, « Espace Gliss » n’en propose plus. Avant, elle proposait des randonnées en quad, mais plus aujourd’hui, car ils ont décidé de fermer durant l’été, sans plus de précisions. Par ailleurs, cette pratique n’étant nécessairement pas sans reproche quant à ses conséquences sur l’environnement, nous lui avons demandé s’ils étaient confrontés à des règles strictes, notamment pour le respect du label flocon vert, et la réponse est « Non aucune ». Enfin, nous leur avons demandé leur sentiment par rapport au projet Chamrousse 2030, et une certaine tendance de nos derniers entretiens ressort : le projet paraît un peu trop utopique et difficile dans sa réalisation, voir même impossible à réaliser.

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VENDREDI 9 FEVRIER

  • Rencontre avec M. Janot

Accompagnés par M. Janot, accompagnateur et guide en haute montagne depuis 20 ans, et formateur accompagnateur depuis plus de 10 ans, d’où une possible propagation de l’idée d’éco-ballade. On en trouve par exemple aussi à la Réunion.

Pourquoi une éco-ballade ? Le nom « éco-ballade » est apparu en lien avec le marketing « éco », qui allait bien avec ce qu’il proposait déjà, l’environnement étant aussi une conviction pour lui. De plus, il s’est rendu compte qu’autour de Grenoble les habitants étaient très attachés à la montagne, celle-ci étant d’ailleurs la seule grande ville de France où le maire est écolo, d’où l’implantation de son activité dans ce secteur.

L’éco-ballade, qu’est-ce que c’est ? L’éco-ballade s’adresse en général aux familles avec enfants, dès 4 ans. L’information est abordable pour les enfants, et est complétée pour les adultes. L’éco-ballade ne s’adresse pas aux classes de Chamrousse car il y a peu de classes. Pourtant, 90 % de leur activité concerne les scolaires, de moyenne et de grande section de maternelle. Concernant le public en vacances scolaires, il s’agit surtout de familles, dont les parents ont de plus en plus envie de passer du temps avec leurs enfants, alors qu’avant il y avait davantage l’idée de les laisser à l’école de ski pour passer du temps à deux. S’adresser à des enfants permet donc de maintenir une certaine clientèle, qui se serait perdue dans un contexte de demande d’activités familiales. Mais l’offre varie selon la demande, et il peut aussi s’agit de faire 1 500 mètres de dénivelé en une journée, ou plusieurs jours de randonnée avec nuit dans un igloo, selon ce que veulent les intéressés.

Une offre été / hiver ? L’éco-ballade peut se faire aussi bien en été qu’en hiver. Elle a d’ailleurs été lancée en été. Le travail s’y fait beaucoup avec des groupes de loisirs et l’organisation de bivouacs par exemple.

A propos de la faune ? Il y a deux animaux très importants sur Chamrousse : le coq de bruyère et le tétras-lyre. Cependant, un problème majeur pour ces espèces et notamment le tétras-lyre est celui du dérangement. En effet, son estomac étant petit, il n’arrive pas à manger suffisamment pour subvenir à ces besoins en hiver. Il va donc essayer de se dépenser le moins possible. Or, les pratiques comme le hors-piste vont le faire sortir de son igloo par peur : il va donc perdre de l’énergie à cause de la peur, de la fuite et de la construction d’un autre igloo. S’il est donc dérangé plusieurs fois pendant l’hiver, il va mourir, faute de pouvoir manger pour recouvrer assez d’énergie. Il n’est d’ailleurs pas protégé officiellement, mais on essaye de le protéger au travers de différentes actions, par exemple la mise en place sur les câbles de spirales ou de bouchons, bien visibles par les oiseaux, afin de limiter les collisions, ou encore la « protection » de zones avec des panneaux et des filets pour encourager les personnes à ne pas les déranger, notamment sur la piste nommée « les Coqs », qu’ils affectionnent particulièrement.

A propos de la flore ? Chamrousse abrite également de nombreuses espèces d’arbres, à la fois des feuillus et des conifères. Dans le cas des feuillus en altitude, on peut voir que ceux-ci se courbent durant l’hiver pour mettre leur branche dans la neige. Il s’agit de résister au froid et de protéger leurs bourgeons du gèle au maximum, car dans trente centimètres de neige il faut environ 0°C. Les différentes espèces d’arbres sont notamment les sapins, épicéas, pins cembro, mélèzes (reconnaissables par leurs petites boules sur les branches) et bouleaux. On trouve aussi plusieurs sites à Chamrousse. Tout d’abord le site Natura 2000, pour lequel il n’y a aucune contrainte. Ce sont les communes qui choisissent volontairement d’y inscrire une partie de leur territoire, mettant ainsi en avant des habitats (plus que des espèces). Il s’agit donc avant tout d’un référencement de sites naturels fragiles, mais qui a le mérite d’exiger des demandes spéciales pour de gros projets, comme la construction de nouvelles pistes. On y trouve également un APPB (arrêté préfectoral de protection de biotope) sur le plateau de l’Arselle ainsi qu’un ENS (espace naturel sensible), mais qui gêne en partie la mairie, car il ne rapporte pas beaucoup (les visites étant surtout effectuées par les scolaires, qui ne payent pas) et est un peu exigeant. Enfin, il y a un site classé, le sommet des Vents. Cela signifie qu’il ne peut plus y avoir de grosses modifications du paysage. Or, il y avait le projet de passer outre et de mettre des remontées mécaniques, et l’ADHEC, l’association de défense des habitants et de l’environnement de Chamrousse, s’est mobilisé pour l’empêcher. Depuis, elle n’a plus accès aux locaux de la commune. Cette association est par ailleurs un peu vieillissante, et fait surtout de la sensibilisation depuis le départ de l’un des piliers.

L’éco-ballade est-elle soutenue par la commune ? PAS DU TOUT. A l’origine, il a créé le groupe concurrent mais il trouvait que l’activité devait prendre une autre direction, vers davantage de sensibilisation. Il a donc fondé un autre groupe et il y a eu concurrence. Apparemment, le problème majeur est qu’il ne vient pas de Chamrousse, qu’il y est vu comme extérieur. Cependant, il est soutenu par le département, qui a soutenu l’élaboration d’une mallette pédagogique et qui finance une grande partie des sorties scolaires éco-ballades.

Et par rapport au flocon vert ? Flocon vert les a appelés et leur a posé des questions par rapport à ce qu’ils proposaient, mais ils ne sont jamais venus sur une ballade pour voir.

Et par rapport au projet Chamrousse 2030 ? Il s’agit d’un projet qui permettrait de rafraîchir la station. En effet, celle-ci vit sur ses acquis d’il y a 50 ans : il s’agit donc d’une station qui commence à vieillir dans laquelle il y aurait des choses intéressantes à faire, notamment résoudre le problème du manque des lits. Cependant, le domaine skiable n’étant pas agrandi, Chamrousse ne pourra jamais être une station de grand ski et il faut faire avec.

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SAMEDI 10 FEVRIER

  • Rencontre avec Arnaud Herman

Dans un froid glacial, nous nous sommes rendus au Nordik Park pour rencontrer Arnaud Herman, le mucher de Chamrousse. Ses chiens de traîneaux et lui nous ont accueillis avec joie pour nous parler de cette activité proposée sur le domaine de la station.

Pour eux, la saison commence courant décembre pour se terminer autour du 10 avril. Passée cette date, il fait trop chaud pour que les chiens courent toute la journée. L’été, il y a donc peu d’activité avec les chiens, seulement un peu de sport. Concernant le public, il est principalement familial pendant les vacances, et il s’agit surtout de séminaires d’entreprises pour le reste de la saison.

La meute vient depuis 8 ans à Chamrousse mais ce n’est que depuis 3 ans que le mucher et ses chiens se sont installés, à la suite d’un contrat signé entre la station et M. Herman, la station s’engageant à livrer le poisson nécessaire aux chiens et à damer les pistes pour les traîneaux. Cependant il n’existe aucun lien entre le label Flocon Vert et cette activité, pourtant « naturelle ». Arnaud Herman nous confie néanmoins que la logistique de cette activité nécessite beaucoup d’énergie. L’idéal serait de rester sur le Nordik Park mais il n’y a d’infrastructures ni pour les chiens ni pour les mucher, ce qui les contraint à se déplacer tout de même tous les jours.

Les chiens sont environ 8 par traîneaux. Aujourd’hui, la sélection est devenue purement esthétique : on souhaite des Huskys alors que les Alaskan sont beaucoup plus aptes à tirer des traîneaux. Ici, il n’y a que des huskys justement, et pour anecdote, les Husky étaient à l’origine des personnes qui se déplaçaient grâce à des chiens de traîneaux, mais aujourd’hui ils se déplacent à moto, alors que les Alaskan sont les véritables chiens qui viennent d’Alaska. Et si vous vous demandez si les courses de chiens de traîneaux sont toujours d’actualité, Ernaud Herman avait l’habitude d’en faire, mais il a pris la décision d’arrêter car cela lui demandait beaucoup de temps et d’argent, et les conditions climatiques étaient très aléatoires et les gains peu conséquents.

Enfin, inconsciemment, cette activité sensibilise au territoire, à ses paysages et fait la promotion de la montagne et de ses espaces naturels, et cela nous semble primordial pour développer une station « verte ».

 

 

  • Rencontre avec Mario Auletto, Kelly et sa grand-mère

La station de Chamrousse fêtera l’année prochaine ces 70 ans d’existence. La réalisation en 1949 du premier remonte-pente du domaine (au Recoin), suivie trois ans plus tard du premier téléphérique de la Croix, étant alors pour l’époque le plus moderne et le plus rapide du monde, marque la naissance officielle de Chamrousse en tant que station de ski.

Cette tradition de ski sur le massif de Belledone à plus de 1 700 m d’altitude et surplombant la métropole de Grenoble est lancé en 1891 lorsque l’alpiniste Henry DUHAMEL a l’idée de descendre les pentes enneigées du domaine. Cependant il faut attendre 1950 avant que la société d’aménagement de Chamrousse lance les grands projets de remontées mécaniques et que voient s’implanter en 1961 les zones résidentielles aptes à accueillir les touristes. Ces touristes qui depuis 1865, se rendent sur le domaine de Belledonne, considéré par les uns comme l’un des plus beaux massifs de la chaîne de montagne des Alpes. Mais si, à l’évidence, l’aménagement du massif et l’accueil en 1968 des Jeux Olympiques de Grenoble font de la station le point névralgique sportif de la région, c’est bien par la création de la commune de Chamrousse en 1989 que le territoire rentre dans son histoire moderne.

Comme nous le savons suite à l’entretien avec Kelly de l’office de tourisme, des projets de réhabilitation ont été engagés sur le pôle 1650 et 1700, avec notamment la transformation des villages d’enfants de Bachat-Bouloud en résidences de tourisme dit du Domaine de l’Arselle, ou encore Renouveau devenu l’Ecrin des Neige, ainsi que la requalification du bâtiment Jeunesse et Sports. Les politiques d’aménagements et de réhabilitations témoignent de la volonté d’améliorer et de densifier la capacité et la qualité d’accueil touristique, et s’accompagne parallèlement d’une modernisation et d’une évolution des remontées mécaniques. L’ensemble des travaux d’aménagement sont destiné à faire passer Chamrousse  « d’un grand stade de neige »  à une station de ski nouvelle génération offrant habitat et une offre de loisirs adaptée à tous types de clientèle, de séjour comme de proximité.

En 2007, l’établissement public industriel et commercial Régie Remontées mécaniques Chamrousse reprend la direction de l’activité de la station à la suite de la liquidation de l’entreprise exploitante Transmontagne. Un Schéma d’aménagement global des remontées mécaniques est alors lancé afin de continuer à moderniser la station et rendre pérenne le domaine. Le schéma d’aménagement des remontées mécaniques oblige la commune exploitante à réfléchir sur un plan de développement à long terme du domaine skiable. Il est un document officiel qui est soumis à la révision du SCOT du Grésivaudan. Nous avons alors rencontré lors de notre séjour Mario AULETTO, chef d’exploitation de la station, pour mieux comprendre le fonctionnement de Chamrousse et le devenir de la station.  Mario AULETTO s’occupe exclusivement de l’aspect technique des remontées mécaniques qui englobe l’entretien des machines et des appareils, la conformité et la réglementation des appareils et de leurs usages ainsi que la gestion des équipes en charge des remontées mécaniques.

La station Chamrousse avant l’arrivé, il y a une dizaine d’année de Mario AULETTO, reflétait l’état d’une station de ski vieillissante, se reposant sur les acquis de la réputation de ses machines passées. Aucun programme de grande envergure n’était envisagé à la modernisation et à l’amélioration des services proposés pour la clientèle. Revenant plusieurs fois, sur la diminution des appareils présents sur la station, passant de 26 à 17 remontées mécaniques en quelque année, Mario AULETTO soulignait l’accumulation des remontées mécaniques et la mauvaise adaptation des dispositifs mis à disposition des clients majoritairement débutants. En effet, le chef exploitant prend l’exemple des deux télésièges, Bachat-Bouloud et domaine de l’Arselle, qui après avoir été mis en place quelque année auparavant peuvent aujourd’hui être discutés. Relevant que le pôle du domaine de l’Arselle est majoritairement pratiqué par des débutants et inversement à Bachat-Bouloud (des confirmés), il aurait été selon lui plus préjudiciable d’implanter en bas de station (à l’Arselle) un télésiège débrayable, se retrouvant à Bachat-Bouloud, plutôt qu’une machine à plan fixe, plus rapide en station d’embarquement. Mario AULETTO a tenu à mettre en évidence, tout au long de l’entretien, les erreurs de conceptions du domaine skiable, qui depuis dix ans œuvre à réformer.

L’installation et la conception de la station de ski Chamrousse (morphologie) offre une facilité de mobilité pour les skieurs dans toute la station du fait d’un réseau dense de pistes et de remontés mécaniques. Néanmoins, le chef d’exploitation montre une nouvelle fois la mauvaise adaptation du réseau des remontées mécaniques en fonction de facteurs externes et internes pouvant perturber l’ensemble de l’exploitation. En effet l’axe majeur des descentes se retrouve sur la pointe du massif, au sommet de la Croix, où se retrouvent deux terminaux de remontées mécaniques provenant de Chamrousse Recoin (1650) et Chamrousse la Roche (1 700). Or cependant des vents violents localisés communément à ce pôle de redistribution de la Croix, ont pour conséquence la fermeture du télésiège de la Roche, mettant en difficulté les usagers à faire la jonction entre les deux blocs de pistes. Les aménagements aujourd’hui consacrés à l’amélioration du domaine skiable passe par ce qu’appel Mario AULETTO : « la fiabilisation de l’exploitation ». La fiabilisation de l’exploitation, passant par l’optimisation des appareils, l’aménagement et la gestion, est le premier type d’investissement initié par la société RRMC. En effet « Il faut que lorsque le client vient, qu’il ski ! » « Le haut est fermé alors que l’on peut skier sur le bas. … on a un problème car le télésiège est mal placé, donc on a plus de liaison entre Roche et Recoin ! Tout simplement car le télésiège ne permet pas de créer la liaison. ». « Cela dénature le produit, alors qu’il faudrait que l’on puisse reconcevoir l’aménagement visant pour un plan B ». La station de Chamrousse disposait alors jusqu’à 26 appareils, il y a quelques années. La diminution du nombre de remontées mécaniques ne va pas de pair avec la diminution de l’espace skiable, affirme le chef de l’exploitation. La station Chamrousse possède toujours 90 km de pistes balisées sur 46 descentes différentes. La suppression des remontées mécaniques s’est fait dans les doublons qui existaient.

Aujourd’hui le deuxième investissement de la société RRMC est dans un but économique. Nous retrouvons des opérations d’aménagement supprimant d’anciennes lignes mécanisées, et qui pouvait être doublées, en une remontée mécanique simple ou à double portion, dans l’optique d’une gestion optimale de l’ensemble de l’exploitation. Inscrite dans un plan d’investissement sur le long terme et d’optimisation de l’appareil et de l’exploitation, l’évolution des remontées mécaniques sur la station est due à la vétusté des appareils existants, engendrant des charges financières croissantes et importantes, mais aussi à la diversification de l’activité de montagne. Il y a quelques années, la station a rénové sa ligne télécabine dans le but de moderniser et de pérenniser l’accès au sommet de la Croix. Axe important du domaine de Chamrousse. Les autorités compétentes ont fait le choix de réimplanter une télécabine plus moderne, demandant moins de pilonne soit une emprise au sol plus faible et ayant une fréquence plus soutenu, de 2 700 personnes par heures. Le choix d’une télécabine vis-à-vis d’un télésiège, a été soutenu pour un besoin multi-usage de l’appareil du faite d’autre pratique de la montagne apparente. La volonté auquel la station de ski travaille, à savoir faire de Chamrousse un site touristique multisaison, passe par un aménagement judicieux, à une vision à long terme.

Bien qu’aujourd’hui les saisons d’exploitation soient toujours en hiver, la diversification de l’offre de loisirs reste un plan d’action de modernisation de la station. En effet la télécabine de la Croix, qui est l’un des deux appareils disponibles en été, offre au touriste un point d’accès pour la pratique du VTT de descente en été. Mais l’investissement dans des outils de pratique de loisirs de montagne, ne passe pas que dans les remontées mécaniques. Depuis les années 2010, un projet de piste de luge a été lancé, mais cela demande des investissements lourds qui représenteraient ½ millions d’euros. L’intérêt prédominant d’une poursuite saine de l’exploitation fait rétrograder le projet luge derrière des investissements comme la modernisation du télésiège de Bachat-Bouloud ou du programme de « neige de culture ». L’investissement pour de tels appareils s’élève rapidement dépassant le million d’euros (pour un débrayable à l’Arselle, projette 3,5 millions d’euros). La station Chamrousse aimerait passer de 30% à 50% de surface couverte en neige de culture pérennisant l’exploitation de la station pendant tout l’hiver. Pour cela un réservoir au niveau de la Roche, de 200 milles m3, doit être construit ainsi que l’installation des canons à neiges sur le domaine. Cependant, l’investissement total du projet neige de culture avoisinerait 6 millions d’euros. La signature en 2008, de la charte nationale en faveur du développement durable des stations de montagnes témoigne de la volonté de la société RRMC d’intégrer l’environnement dans chacun des projets mené dans la station. En effet, il est vrai que nombreuse normes ISO régissent l’entretien et l’installation des ouvrages mécaniques. Afin de protéger l’environnement, et sécurisé les remontées mécaniques à l’usage de la clientèle, la loi oblige un contrôle des télésièges à 15 ans d’existences, puis 10 ans après, et tous les 5 ans à partir du vingt-cinquième anniversaire de l’appareil. Cette réglementation permet de mettre aux normes les pièces les plus anciennes et adaptés les nouvelles technologies aux appareils.

Un autre projet, respectueux de l’environnement est en cours de réalisation sur le siège social de l’entreprise, se trouvant à Chamrousse 1650. Une centrale photovoltaïque sera construite, permettant d’alimenter avec une estimation de la production à 33 kWh, l’ensemble des dépendances de l’exploitation (chauffage et autre…) ainsi qu’alimenter certains appareils de maintenance. Il est cependant incommensurable d’alimenter l’ensemble des remontées mécaniques, demandant pas loin de 4,5 millions de kWh, qui fonctionnent toutes à partir de l’électricité fournit par ENEDIS. Néanmoins afin, de réduire est d’optimiser la consommation, l’exploitation Chamrousse a signé des contrats à quota avec pénalités (si dépassement), avec la société ENEDIS. Ce mécanisme, a permis la diminution du volume de la consommation entre 2016 et 2017.

 

 

  • Rencontre avec Jean-Luc Jaouen

Vendredi matin, une partie du groupe est parti à la rencontre du chef des pistes Jean-Luc Jaouen, dont nous avons eu le contact grâce au directeur des remontées mécaniques que nous avions rencontré plus tôt. Ses activités concernent la sécurité des pistes, l’entretien des canons à neige ainsi que toutes les infrastructures qui en découlent (parcs roulants par exemple). Concernant les machines, elles sont au nombre de huit : deux machines treuils, cinq standard et une machine spécifique pour le snow park. Chacune est équipée d’un radar permettant de connaître la quantité de neige, et l’heure adéquate est environ 21h30. Concernant les dameuses, d’un point de vue environnemental, il affirme que « ce n’est pas bien propre ». Il y a bien le souhait d’en acheter en version électrique ou à l’hydrogène, mais le coût et l’importante maintenance bloquent encore.

Par ailleurs, en réalité c’est le maire qui est responsable de la sécurité des pistes, il donne donc un agrément à Jean-Luc Jaouen. De plus, le staff de sécurité est composé de 18 pisteurs secouristes, et peut aller jusqu’à 28 secours. Les avalanches sont analysées grâce à l’application de Météo France, et ce sont les pisteurs qui vont ensuite sur le terrain. Ils vont alors déclencher les avalanches manuellement grâce à des explosifs, soit en ski soit en hélicoptère. Il y a 28 points de tire délimités par les pisteurs, et les départs s’effectuent le matin à 6h.

Par ailleurs, par rapport au projet Chamrousse 2030, son avis est partagé. Il pense que cela va permettre une diversification des activités et une montée en gamme. Pourtant, pour lui le problème réside dans la grandeur du domaine skiable. En effet, il trouve qu’il n’est pas assez grand pour attirer de nouveaux clients, ce qui pourra freiner le développement du projet. Il souhaite néanmoins étendre le domaine skiable mais il y a de nombreuses difficultés : le site est classé, il y a le problème du vent.

Concernant l’activité estivale, il souhaite mette en place un projet de développement de luge d’été, en plus de la pratique du VTT, randonnées et skate parc. Pour lui, « on part sur des parcs d’attractions ».

 

 

  • Rencontre avec Ariane Ferreri

Nous avons eu la chance de rencontrer Ariane Ferreri, conseillère environnement, urbanisme et vie locale, à l’office de tourisme de Chamrousse 1650.

Au cours de cet entretien, nous nous sommes interrogés sur l’action des pouvoirs publiques et les grandes orientations de la commune au travers de deux projets : Chamrousse 2030 et le label Flocon vert. Mme Ferreri a été membre du jury pour ce dernier, du fait du statut de membre de la commission environnement, soutenu par l’AGUR. Nous avons senti à travers l’entretien une animosité envers la ville de Grenoble, opposé à la station de Chamrousse, une critique de la pollution de l’agglomération, mais aussi la déception face à l’échec de la caserne de Bonnes à cause, selon Mme. Ferreri, de choix environnementaux déficients, comme le chauffage biomasse.

A contrario, nous avons assisté à un discours élogieux sur l’avenir et les mesures mises en place pour rentrer en adéquation avec la sensibilité écologique de Mme. Ferreri. Or, nous avions constaté que la conseillère était opposée à la liste municipale actuelle (de M. Cordon) durant les élections, « résultant des petite divergences » selon elle. En ce qui concerne Chamrousse 2030, elle ne constate qu’une réticence à propos du chauffage biomasse similaire à celui de la réhabilitation de la caserne de Bonnes. Globalement, le projet répond aux attentes en termes de renouvellement pour faire perdurer une activité économique viable à l’année. Il y a cependant une crainte qui résulte d’une « peur du manque de respect entre ce qui est dit et ce qui est fait », avec par exemple l’idée de repeupler la station alors que les villages d’enfants ont été fermés.

Enfin, pour Mme Ferreri, les touristes font « la majeure partie fait attention » au respect de l’environnement. La commune, de plus, organise certaines actions comme la journée « Chamrousse propre » pour développer le respect de l’environnement, mais également des actions de solidarité et de dons comme la hotte du Père Noël. Nous tenons encore une fois à la remercier pour cet entretien.

 

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